Le mariage parfait, ou l’obsession du paraître

Le mariage de La Fiancée de la Nature!

L’élu de mon cœur et moi nous sommes mariés il y a 10 jours. C’est une journée que je n’oublierai pas. Il faisait beau, nous étions entourés des gens qui comptent pour nous, et nous étions heureux de célébrer notre union avec eux (et beaucoup étaient soûls avant la fin de la soirée).

Malgré les conseils répétés de nombreux magazines et proches bien intentionnés, nous avions décidé de ne pas engager de photographe professionnel. Je n’ai pas non plus été chez le coiffeur, ni chez le maquilleur. Nous nous sommes également passés de DJ.

Bien sûr, nous savions que tout ne serait pas parfait (en témoignent la brusque coupure de musique vers 1h du matin, gérée en quelques minutes pas des frères et cousins technophiles, les houleux débats politiques entre plusieurs invités bien engagés ou mon ongle de gros orteil bleui) ; et pourtant, si l’on me renvoyait dans le passé pour tout refaire, je ne changerais probablement pas grand-chose. J’adore les photos prises par nos familles et amis : elles sont naturelles, sincères, et reflètent bien la joie que nous avons éprouvée ce jour-là. J’ai aimé garder mes cheveux lâchés, et me faire un maquillage simple, car cela me ressemble. J’ai dansé toute la soirée sur des musiques que mon mari et moi avions choisies, et nous avons dû gentiment « pousser » dehors quelques derniers invités enthousiastes vers 4h du matin.

En lisant ces mots, certains penseront que cela ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du mariage parfait, et je les comprends : à chacun son mariage. Cependant, je profite de ces anecdotes pour vous exposer mon sujet du jour : l’obsession du paraître (ou la réalité faussée par les images).

 

Internet, magazines, télévision, affichages publicitaires… Nous sommes littéralement bombardés, chaque jour, de milliers d’images. C’est un phénomène qui touche les sociétés occidentales depuis plusieurs décennies, et ne cesse de s’accroître partout dans le monde. Ainsi, dans une interview accordée au Figaro, Jean-François Amadieu (auteur de l’ouvrage «La Société du paraître, les beaux, les jeunes… et les autres») nous apprend « qu’un jeune sur deux [se] connecte dès le réveil pour échanger des photos ou des vidéos ».

Un selfie entre amis, un cliché de notre café du matin mis en scène sur une très belle table, un photographe qu’on apprécie, notre super look du jour, nos vacances entre potes rigolos, notre dernier projet d’arts plastiques, nos performances sportives (mais aussi, très souvent, des publicités, des liens sponsorisés, des concours pour gagner tel ou tel produit, des bandes annonces)… tout y passe, pour le pire et pour le meilleur.

En 1968, George Gerbner et Larry Gross, professeurs de communication à l’Université de Pennsylvanie, étudiaient l’influence de la « réalité télévisée » sur l’idée que se font les gens du monde réel. En posant une série de questions à divers types de téléspectateurs, ils découvrirent que ceux qui regardaient le plus souvent la télévision, et en particulier les fictions, avaient tendance à craindre  plus de violences dans leur vie quotidienne que les autres, mais aussi « à surestimer le nombre d'Américains par rapport à la population totale du monde [ainsi que] le pourcentage des athlètes, des gens de métier, des artistes de théâtre et de cinéma dans le « monde réel ».

Cette étude a été menée il y a déjà 50 ans, et nous pouvons nous demander quelles seraient les réponses aujourd’hui si elle était élargie aux accros du web et des réseaux sociaux.

A force d’être exposés à des images soigneusement sélectionnées, sublimées, souvent trafiquées (en tant que mannequin, je peux vous assurer que les images publicitaires sont très, très retouchées, et obéissent à toute une série de codes bien définis pour séduire les spectateurs et les persuader qu’ils seront plus heureux en consommant tel ou tel produit – voir à ce sujet mon autre article : « On nous prend vraiment pour des c*nnes »), nous avons tendance à croire que cette fraction déformée du monde que nous envoient nos écrans reflète l’environnement dans lequel nous vivons réellement. Notre perception de la réalité est faussée.

 Plus grave encore, beaucoup d’entre nous souffrent d’insatisfaction chronique, car leur quotidien leur semble fade et sans intérêt comparé aux comptes Instagram des célébrités, aux photos de soirées endiablées de leurs connaissances Facebook, et  aux corps bodybuildés des acteurs de cinéma. Nous devenons obsédés par le paraître (J.F Amadieu nous dit que «l’image que l’on donne à voir et que l’on a de soi devient prédominante »), et courons après l’illusion d’un bonheur inventé de toutes pièces par le cinéma,  la publicité, les réseaux sociaux etc…

Ainsi, pour en revenir au mariage, alors qu’auparavant celui-ci se conformait à des traditions locales et populaires, nous voyons de plus en plus apparaître un nouveau modèle, que j’appellerais « le mariage à l’eau de rose de comédie romantique américaine ». Il n’y a qu’à voir les nombreux articles et images qui abondent en ce sens : des jeunes mannequins (probablement mineures) qui posent lascivement dans des robes « de princesses », des tutos maquillage pour être parfaitement raccord avec la déco ( !), des pièces montées rococos qui montent jusqu’au plafond, des salles de réception somptueuses, débordantes de fleurs, qui ont été décorées par une armée de professionnels, des photos dignes du dernier Vogue qui obtiendront 200 likes sur Facebook… « Le plus beau jour de votre vie », nous rabâche-t-on à outrance. Quelle pression !

A qui cela profite ? Certainement pas aux « heureux » mariés, qui ne s’amuseront pas de la journée, atteints de perfectionnisme aigu et très stressés à l’idée de faire un pas de travers lors de leur première danse ou de ne pas avoir assez de photos d’eux-mêmes en train de manger des choux à la crème. Qui, après coup, regretterons de n’avoir pas fait ceci plus comme cela pour mieux « paraître ». Non, bien sûr, cela profite à l’industrie du mariage, qui se frotte les mains devant ce marché bien juteux et pratique des prix outranciers, sous prétexte qu’il s’agit « du plus beau jour de votre vie ».

Comprenez moi bien : si le mariage de vos rêves inclut la location du château de Versailles et un triple feu d’artifice, n’hésitez pas, foncez ! Mais assurez-vous qu’il s’agit de VOTRE rêve, et pas celui inventé par Instagram et Hollywood. Le mariage parfait n’existe pas. Vos invités se contrefichent de la couleur de votre mascara et que les chandeliers ne soient pas alignés au millimètre près. Vous ne vous mariez pas pour faire la couverture du prochain Voici (et si c’est le cas, vous devriez peut-être vous poser des questions).

Votre mariage sera une belle journée, mais espérez, pour votre bien et celui de votre partenaire, que les plus beaux jours de votre vie restent encore à venir…

Je vous embrasse les amis !

Alix, La Fiancée (mariée) de la Nature.

1 Commentaire

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  1. 1
    Magy85

    Un mariage très réussi ou se mêlaient simplicité et originalité ! Lieu très sympathique et ambiance très familiale ! Le côté naturelle de la mariée faisait ressortir la beauté de sa jolie robe, cette simple certe, mais pleine de finesse jusque dans les petits détails ! 

    Merci pour ce merveilleux événement !

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