On nous prend vraiment pour des c*nnes

Une femme devant une librairie

Je feuilletais récemment un célèbre magazine féminin distribué gratuitement dans le métro parisien. Mon dieu, ai-je pensé en découvrant les articles mode, beauté et culture proposés, on nous prend vraiment pour des c*nnes.

Sur une seule et même page, titrée « News – Ce qu’il faut retenir cette semaine avant qu’il ne soit trop tard » (trop tard pour quoi ? On note l’utilisation du verbe falloir : il faut lire cette page, qui, comme par hasard, fait la promotion de plusieurs marques), on peut lire une série d’affirmations telles que :

"Pour ne pas être autant à côté de la plaque niveau style […] tablez sur le nouveau bracelet [insérez ici le nom de la marque]." (Vite, vite ! Je dois acheter ce bracelet sinon mes amis ne me parleront plus car je n’aurai pas de style !)

"Marre d’avoir le même look que votre voisine de strapontin dans le métro ? Il y a une solution, et elle s’appelle [insérez ici le nom de la marque]. […] Alors, c’est qui la reine des transports en commun ?" (Oh oui, allons toutes acheter nos sacs à main dans le même magasin, comme ça nous serons toutes les reines du métro ! Nous aurons des petits trônes dans chaque wagon et… attendez !? C’est qui cette fille avec le même sac que moi ??)

"Heureusement, la dernière collection [insérez ici le nom de la marque] répond à tous vos critères de sélection […] Alors, heureuse ?"(Heureusement que les marques et journaux de mode  pensent à mon bonheur et non à leurs actionnaires, c’est tellement sympathique !)

"C’est qui la femme [insérez ici le nom de la marque]? Elle aime les beaux classiques, les associations de couleurs, les imprimés et les jolis détails, les coloris qui donnent bonne mine et qui la font remarquer sans vacarme. Elle profite de la vie […]" (Hum… et si je n’aime que les coloris qui donnent mauvaise mine ? Est-ce que je suis digne de porter cette marque ? Est-ce que j’ai le droit de profiter de la vie et de me faire remarquer ? Mais sans vacarme, bien sûr, parce que je reste une femme et que Mamie trouverait cela inconvenant…)

Et que dire de ce dossier de plusieurs pages (élégamment titré « Pour la voix y a mieux à faire que sucer »), qui nous alerte de cet épouvantable problème qu’est le vieillissement de la voix ? (Oh mince, je n’y avais jamais pensé, merci la presse de me faire détester ma voix de vieille peau !) « C’est nul mais c’est comme ça » affirme la journaliste attentionnée, avant de nous rassurer : « Tout n’est pas perdu » et de nous vendre des produits miracles : pastille à sucer, thé, huiles essentielles, étole…

J’ai listé encore des dizaines d’autres joyeusetés découvertes dans ce magazine (connaissiez-vous le « drainage secoueur de lymphes » ? Les « pétrissages attendrisseur de tissus » ?) , mais je crains, chères lectrices et chers lecteurs, de vous perdre en chemin.

Bien sûr, cette revue n’est pas la seule incriminée, pratiquement toute la presse féminine regorge de pépites similaires : « 48 ans, toujours sensationnelle… » titre ce mois-ci un célèbre magazine de luxe à propos d’une top-modèle… (Mais comment fait-elle ? Tout le monde sait que c’est un EXPLOIT digne d’être en couverture d’un magazine international que d’être toujours présentable aux yeux de la société à 48ans !) Et les hommes aussi ont leur part du gâteau, avec la dictature de « l’homme à gros muscles, gros salaire et grosse voiture ».

Mon propos est que nous, les femmes, sommes réduites – par la presse écrite, télévisuelle, le cinéma… le tout sous la houlette des marques – à de simples consommatrices. On nous impose à coups de mots bien choisis tels que : il faut, la femme est ainsi, les must-have (etc.) l’image non-négociable d’une femme parfaite, heureuse, libérée mais pas trop, sexy mais pas « too-much », à laquelle nous devrions ressembler à tous prix. Sinon, gare à la punition : on est à côté de la plaque. Dans quel but ? Pour notre argent difficilement gagné (rappelons qu’en 2014, les femmes touchaient encore des salaires 24% moins élevés que les hommes pour des postes similaires), mais aussi, peut-être, pour que nous nous comportions nous-mêmes comme des objets de consommation.

En effet, déjà en 1978 ( !), Anne-Marie Dardigna relevait, à juste titre, dans son essai La Presse « féminine », que cette dernière situait l’être féminin « avant tout par rapport à l’homme ». « Les articles des magazines, écrit-elle, sont là et enseignent aux femmes, semaine après semaine, paragraphe après paragraphe, inlassablement, comment « séduire » les hommes. »

Ainsi, au prix de notre santé mentale (nous sommes constamment insatisfaites de nous-mêmes, car nous n’arrivons pas à ressembler aux femmes inventées de toutes pièces par la presse) et physique (nous nous empoisonnons à coups de cosmétiques non-saufs, d’hormones de synthèse, de pilules amincissantes etc.), les marques et les magazines féminins tentent de nous enfermer dans un rôle bien défini :  une armée de consommatrices/objets sexuels à qui on dit quoi penser, et qui ne se rebelle pas car on l’a persuadée qu’elle a choisi cette position (le mythe de la femme dominatrice qui manipule son compagnon, mais qui au final fera toujours plus d’effort que lui pour paraître belle et sexy)…

Je vous invite, à ce sujet, à regarder le documentaire To Be A Miss, d’Edward Ellis, qui parle de l’obsession de la beauté physique chez les femmes vénézuéliennes, et les grandes discriminations sexuelles qu’elles subissent.

La bonne nouvelle est que RIEN, absolument RIEN, ne nous oblige à lire ces magazines, à acheter ces marques, sinon nos propres convictions. Nous avons le choix entre rester des consommatrices passives et insatisfaites, ou des consommatrices actives qui font entendre leur voix par le biais de leurs achats, ou non-achats : nous avons le choix de ne pas acheter ou de refuser à l’entrée du métro les magazines féminins qui nous parlent comme à des idiotes, le choix de ne pas acheter de place de cinéma pour aller voir des films qui mettent en scène des femmes objets, le choix de ne pas consommer tous ces cosmétiques qui nous tuent à petit feu (a-t-on VRAIMENT besoin d’une crème pour le corps, d’une autre pour le visage, d’une autre pour les mains, d’une autre pour les pieds, d’une autre pour les ongles, d’une autre pour les lèvres, d’une autres pour les cernes, d’une autre pour les seins etc. ?).

Car au final, dans notre société, c’est – heureusement et malheureusement – l’argent qui parle : les marques délaisseront les magazines féminins et leurs diktats, et cesseront de fabriquer des produits mauvais pour nous, pour l’environnement, et pour les travailleurs, si elles sentent que le public s’en désintéresse.

Alors, va-t-on continuer à se laisser prendre pour des c*nnes ? À méditer…

Je vous embrasse les ami(e)s !

Alix, La Fiancée de la Nature.

2 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Delmas Angèle

    oui je suis complètement d'accord avec ton article. Soyons ce que nous sommes vraiment et arrêtons d'être ce qu'ils veulent que nous soyons. Tanpis si cela ne correspond pas aux diktats. En plus de pousser à la consommation cela engendre souvent beaucoup de frustration dès lors que nous ne pouvons pas tout acquérir. Et à t-on besoin de tous ça pour être heureux???

    Je suis très heureuse de découvrir ce jolie blog. 

    merci 

    Angèle 

  2. 2
    Alex

    J'aime vraiment beaucoup ton blog et particulièrement cet article ! Je suis tout à fait d'accord avec tes idées et c'est alarmant de voir comment la presse nous manipule ! Je n'ai que 17 ans et ton mode vie m'interresse beaucoup, je pense que c'est important actuellement d'en changer !

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